Saison 2007 - 2008



Women de Brut de béton

Les mémés rouges présentent

WOMEN 68 même pas mort


Brut de béton production
Conception et réalisation de Bruno Boussagol
Mise en écriture et texte de Nadège Prugnard
Interprétation : Jean-Louis Debard, Pierre-Marius Court & Bruno Boussagol
Look de Marie Caup
Durée : environ 1h30



En « préambule » à la création, des lectures publiques du texte ont été données en novembre 2007 à la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand, en janvier et février 2008 au Lavoir moderne parisien.
La création aura lieu du 2 au 8 mars 2008 à Clermont-Ferrand, au cours de la semaine consacrée à la « MEMOIRE DU FUTUR, 30 ANS DE THÉÂTRE ORDINAIRE ».


Le pavé dans la main

« 3 copines de 40 ans », 3 « mémés rouges »  sortent de leur retraite, bouleversées que MAI 68 soit liquidé comme un mauvais souvenir.
« J’ai 73 ans et c’est pas des petits cons qui vont m’apprendre la vie et qui vont m’empêcher de remettre ça » dit Marie-France. Ce sont des crazy women, des suffragettes émancipées, des « triplettes de Belleville » façon 68, elles chantent Frank Zappa et Janis Joplin , toujours engagées, enragées, qui n’ont peur de rien et surtout pas des petits mâles dominants.
Entre l’Affiche du Ché et le manifeste des 343 salopes, entre l’anti-Œdipe de Deleuze, le Black Power et Angela Davis, les comédiens scandent slament scattent éructent le mois de mai 68. Elles descendent dans l’arène ou dans la rue, comme elles prirent le théâtre de l’Odéon jadis.





samedi 16 août à 19h30
Théâtre en action - Le cluzeau à Moulidars (16)

du 20 au 23 août à 18h30
Festival Eclat à Aurillac - Chapiteau, terrain de sport de la Jordanne

les 3 et 4 octobre 2008
Théâtre de la mauvaise tête - Marvejols (48)

9 novembre 2008
Festival auteurs en acte - Bagneux (92)

17 novembre 2008
La puce à l’oreille - Riom (63)

18 novembre 2008
Cour des 3 coquins - Clermont-Ferrand (63)

24 mars 2009
La 2deuche - Lempdes (63)

À suivre… D’autres dates sont en cours de négociation


contact tournée
Nathalie Robin
tél. 06 08 46 69 44
courriel : brut-de-beton@orange.fr





« Tout le spectacle s’organise dans la déflagration des mots percutés explosés rassemblés au prélable par l’auteur et rendus avec toute leur force par les acteurs pour célébrer avec l’intensité qui convient ce quarantième anniversaire de mai 68 qui s’annonce. (…) On chante, on crie, on pleure, on se souvient. Mai 68 court encore… »

La Montagne, J Barnérias

Women de Brut de béton



Jean-Louis Debard, Pierre-Marius Court et Bruno Boussagol interprètent 3 femmes pour  rendre hommage à celles qui, ayant entre 25 et 30 ans en 68, ont vécu les révolutions sociale, sexuelle et politique, en opposition avec les valeurs de l’époque.
Comédie engagée, « Women » se joue sur des hymnes de John Lennon, Colette Magny, Georges Brassens, Janis Joplin et Jeanne Moreau et des textes explosifs de Nadège Prugnard.





Avec WOMEN, nous voulons rendre hommage à ces femmes qui avaient entre 30 et 40 ans en 1968 et qui ont révolutionné la « condition féminine ».

Elles ont pris des risques avec leur existence. Elles ont pris le risque suprême de vivre, souvent au détriment de leur corps, de leur famille, de leurs amours. L’engagement dans l’incertitude et l’inconnu nous a éclairé.

Nous avons demandé à Nadège Prugnard de nous accompagner par l’écriture dans notre recherche. Elle a enquêté auprès d’une vingtaine de protagonistes historiques, de « grands témoins » et de femmes tout simplement engagées.

Le processus de création se déroulera en public, en plusieurs étapes pour aboutir en mars 2008 à la création proprement dite.

3 hommes d’environ 55 ans vont interpréter des femmes âgées d’environ 75 ans. Ce décalage d’âge réel permet de rendre crédible – donc pas ridicule – le travestissement au-delà précisément de l’effet de travestissement.

Sur scène, ce sont des femmes de 75 ans qui parlent, hurlent, chantent, rient et pleurent. Elles ont décidé de revenir sur scène pour « changer le monde ». Elles ont quitté leur retraite pour de nouveau s’engager dans les combats d’aujourd’hui. C’est cela aussi qui nous intéresse : montrer que des femmes âgées disent que le temps n’est pas au renoncement des idéaux de leur jeunesse.

Ce sont donc des « mémés rouges » qui nous réveillent.

Bruno Boussagol

Brut de béton production inscrit son parcours de créations théâtrales dans le malaise de la civilisation. Celui-ci a pris en 1968 une signification dont nous sommes toujours tributaire. Si l’année 1968 fut une année charnière au plan international, elle prit un caractère particulier, original et déterminant en France. Quarante années plus tard nous n’en avons toujours pas fini avec la recherche de sens de cette période.
De Susie pourquoi tu pleures en 1978, en passant par Sombre printemps en 1989, Erendira en 1990, Baise-moi en 1996, Fanny N. en 2000, Elena en 2002, Monoï en 2003, Phèdre(noire) en 2003, 4.48 psychose en 2005… jusqu’à Women en 2008, Bruno Boussagol poursuit « la femme » au long d’une trentaine de mises en scène spécifiques.





Marie-France C’était en mai le 13 je me souviens le 13 mai je courrais j’y allais c’était net c’était là / enfin c’était là / je courrais j’y allais c’était chaud c’était rouge intense un soleil rouge immense dans les cœurs le corps sous la peau dans la gorge tous les souffles ça brûlait / je me souviens là dans ma gorge un souffle rouge qui brûlait / un brasier un fusil de cris j’hurlais la vie dans un cocktail de mots lotofs et révoltés Révolution liberté provocation je gueulais comme bête cannibale j’ai la rage je suis un rat nous sommes des milliers et nous mordons laissez passer les enragés bordel je mords je mordais les mots tordais leur chair de vision LSD les mariées vont pousser entre les pavés je pousse la vie pousse je vis je veux vivre je pousse je cours je cours je courrais en robe blanche je me souviens on était des milliers on courrait essoufflées le souffle qui court coupé j’étouffais dans mes joues jambes dans mon corps de jupe qui jambe tombe se relève tombe se relève encore et courir encore emportée par la course trop rapide plus vite courir plus vite je courrais comme-comme comme une possédée comme-comme comme une folle enragée-dépeignée-décoiffée la rage plus de cage Révolution liberté provocation je courrais emportée par le souffle de tous empêtrée dans une robe immense c’était intense j’étouffais dans la laine de mai c’était en mai le 13 je me souviens 38° un soleil rouge qui brûlait je courrais me marier avec le pavé et rien-rien rien ne pourrait m’arrêter alors je courrais je courrais je courrais me marier avec rien avec tout-tout tous avec tous un acte d’amour la révolution le 13 mai dans une grosse robe dire oui je t’aime à la liberté alors je courrais comme comme comme une moufle comme un buffle je courrais je bufflais je rageais je tombais me relevais et courir comme emportée par la course trop rapide plus vite courir plus vite cette chaleur on étouffe j’étouffais au point mousse je bufflais de frousse les flics aux trousses plus vite courir encore et mon cœur qui se démaillait et ma robe qui filait ma robe qui tombait et mon cœur qui criait Liberty married me Pavé je t’épouse je suis la mariée du pavé je suis une fleur du pavot je suis un coquelicot et je veux vivre je veux vivre je veux vivre que je gueulais aux hirondelles en S CRSSS les joues gonflées enflées de flamme électrique avec ma guitare sèche en haut des pavés CRSSS place des Carmes c’était immense je me souviens dans ma robe intense sur un tas de pavés le temps s’est arrêté...





Bruno Boussagol

Bruno Boussagol

Entre 1970 et 1977, Bruno Boussagol obtient un DEA de philosophie, une licence de sociologie et étudie l’architecture, le cinéma, la pédagogie.
Depuis 1978, date à laquelle il s’est installé en Auvergne, il travaille à partir des villes de Billom, Clermont-Ferrand et Le Puy-en-Velay.
Dès 1982, il devient directeur artistique de festivals et d’événements, entre autres des Rencontres des spectacles vivants en Auvergne.
De 1982 à 1986, il  programme plus de 150 spectacles dont Le Royal de Luxe, Le Puits aux images, le Cabaret Equestre Zingaro, l’Illustre Famille Burattini, Le Living Theater, Michel Portal, Angélique Ionatos, Don Cherry, Manu Dibango, Généric Vapeur, L’Oiseau Mouche… Il dirige ensuite Art en Souffrance (1989-1993) qui met en valeur les oeuvres réalisées par des artistes marginaux à la société (autistes, handicapés, délinquants, prisonniers), l’Année Bataille (1997, année du centenaire de la naissance, à Billom, de Georges Bataille) et le Festival de la Pensée – Pascalines (1997-1998), mettant en tension art contemporain (dans la rue) et débats philosophiques (hors université). En 2003, il codirige le festival “En attendant la Biélorussie…” avec Virginie Symaniec et en collaboration avec l’association Perspectives Biélorussiennes. Plus récemment en 2006, il réalise avec une trentaine d’artistes, La diagonale de Tchernobyl accueillie en résidence au Parapluie à Aurillac, au Moulin de l’étang à Billom et en Ukraine.

Bruno Boussagol est metteur en scène et scénographe. Les textes de la littérature contemporaine qu’il adapte révèlent un trajet individuel souvent initiatique dans lequel la question de la mort est posée. En 30 années, il a mis en scène une centaine de spectacles essentiellement inédits pour les compagnies Milieu du monde, Aujourd'hui ça s'appelle pas, Hôtel des voyageurs, ...Sinon son nectar..., théâtre de l'après histoire. Depuis 1989, il dirige la compagnie Brut de béton production. Ses principales réalisations sont Sombre Printemps (U. Zürn), Erendira (G. Garcia Marquez), En attendant Godot (S. Beckett), Baise-Moi (V. Despentes), Le sens du combat (M. Houellebecq), La prière de Tchernobyl (S. Alexievitch), Fanny N. (L. Conti), La cour (M. Jouvancy), avec Virginie Symaniec La Prière de Tchernobyl en russe et biélorusse à Minsk, Elena ou la mémoire du futur (S. Alexievitch), Monoï (N. Prugnard), à la Comédie de Clermont-Ferrand scène nationale Phèdre(noire) (J. Racine), 4.48 psychose (S. Kane), La diagonale de Tchernobyl avec le Grand chahut collectif, Le petit musée de la catastrophe (V. Boutroux).

Depuis 30 années, il mène un atelier de création théâtrale au sein de l’hôpital psychiatrique du Puy-en-Velay. Avec la compagnie Aujourd’hui ça s’appelle pas, il a mis en scène une dizaine de spectacles créés par de jeunes autistes et psychotiques. Ce parcours singulier en fait un des spécialistes des relations entre l’art et la folie.
Son parcours est jalonné d’expériences diverses toutes en lien avec la création artistique : décorateur, comédien, auteur, adaptateur pour le théâtre, producteur radio, réalisateur cinéma et vidéo, responsable d’édition. Il intervient dans des colloques et participe à des groupes de réflexion.
Il organise du 2 au 9 mars 2008 à la Cour des 3 coquins à Clermont, Mémoire du futur 30 années de théâtre ordinaire.


Nadège Prugnard

Nadège Prugnard

Nadège Prugnard vit et travaille entre Clermont-Ferrand et Paris. Diplômée en philosophie et en art dramatique elle choisit le théâtre comme philosophie pour la vie.

Le théâtre, elle l'aime dans sa pluralité : interprétation, mise en scène, écriture, enseignement, lectures…

Elle parfait sa formation de comédienne lors de rencontres avec Alexandre del Perugia, Mauricio Celedon, François Dragon, Doris Harder, Marcel Bozonnet, Mikola Piniguine, Eugène Durif et Jean-Louis Hourdin.

En 1998, elle joue Les larmes amères de Petra Von Kant de Fassbinder et est engagée comme comédienne dans les Soliloques d'un chœur de Jean-Pierre Siméon mis en scène par Jean-Philippe Vidal à la Comédie de Clermont scène nationale. Plus récemment, on a pu la voir avec la compagnie Kumulus dans les Rencontres de boîtes.
Elle participe également à la mise en scène et à l'écriture de plusieurs spectacles. Depuis 1998, elle est chargée de cours d'art dramatique à l'école d'ingénieurs de Lempdes.

Passionnée, rebelle, écorchée vive, elle travaille depuis plusieurs années sur la création de spectacles et d’événements qui associent acte artistique et espace politique. Ses trois derniers textes ont été coproduits et créés à la Comédie de Clermont scène nationale dont la trilogie Corps de textes chaos et jouir avec Monoï (2003) mise en scène Bruno Boussagol, complicité dramaturgique d’Eugène Durif, Kamédur(x) Drama Rock (2005) et M.AM.A.E Meurtre artistique munitions actions explosion (2006) pour 6 comédiennes, mise en scène Marie-Do Fréval. En 1999, elle monte la compagnie Magma Performing Théâtre. Elle poursuit un travail d'écriture depuis plusieurs années : une écriture inédite proche du cri et du désir impatient, écriture d'urgence, viscérale, travail sur les sonorités, un monde de choc et de résonances décalées. Artiste engagée, elle organise en juin 2004, avec le Collectif Plateau tournant inter-régions et la Ville de Clermont, Qu’ils crèvent les artistes. En parallèle de ses activités théâtrales, elle met en place des ateliers d’écriture et scènes de Slam.
Elle travaille actuellement à la création de plusieurs projets et vient d’obtenir la bourse SACD Écrire pour la rue pour son prochain texte La Jeannine.

Elle est auteur associée au théâtre d’Aurillac.


Jean-Louis Debard

Jean-Louis Debard

Après des études universitaires, Jean-Louis Debard devient comédien professionnel en 1979. Il est directeur de Compagnie de 1981 à 1990. Il mène une carrière au Théâtre, de 1979 à 2006, principalement en régions Auvergne et Rhône-Alpes.
Il joue aussi bien des textes du répertoire (Roméo et Juliette de Shakespeare; adaptation en langue arabe, Les Fourberies de Scapin de Molière, Les Caprices de Marianne de Musset, Lorsque cinq ans seront passés de Lorca, En attendant Godot de Beckett…) que des textes contemporains (L’atelier Volant de Novarina, Au bout du comptoir la mer de Valletti, La Demande d’emploi de Vinaver…).
Il signe des créations et adaptations théâtrales (d’après Maupassant, Prévert, Simenon, Irving, Jules Verne…).
Son univers artistique s’étend à la musique, la chanson, au Café théâtre (IVème République, les Contristes), à l’écriture pour le théâtre jeune public et le “spectacle-patrimoine”. Il anime des ateliers théâtre pour adultes et adolescents et des classes art dramatique en lycée. Il prête sa voix pour diverses réalisations sonores : films institutionnels, spectacles. Il est comédien dans divers films d’entreprises et publicitaires et pour des œuvres de fiction pour la télévision et le cinéma.


Pierre-Marie Court

Pierre-Marius Court

Pierre-Marius Court suit une formation au C.N.R. de Clermont-Ferrand et au Ulmer Theater (Allemagne, 1969-1971). Il fait ses débuts comme comédien avec Pierre-Jean Valentin dans l'Histoire du Soldat (Ramuz/Stravinsky) en Suisse (Genève, Lausanne, Bienne…) en 1972-1973 puis rejoint Jean-Paul Prugne au Théâtre de l'Arc en Ciel (1973), Anne Plumet et Jacques Albaret au Théâtre Permanent (1974-1976), Gérard Girardeau et Jean-Luc Guitton au TACA (1976-1980), Pierre Giraud au Théâtre Permanent (1983), Dominique Freydefont au Théâtre Populaire en Auvergne (1982-1990), Patrick Gay-Belille (1983-1985) puis Bruno Castan (1986-2000) au Théâtre du Pélican, L’illustre Famille Burattini (1995-1997), Jean-Pierre Jourdain et Jean-Philippe Vidal à la Comédie de Clermont-Ferrand (1998-1999).
Il poursuit son parcours de comédien avec Jean-Vincent Lombard, La Folle aZure (2002-2006), Adan Sandoval à l’Ikaros Théâtre, Strasbourg (2003-2004), Compagnie DF (2005), Bruno Boussagol, Brut de béton production (2006), Elsa Carayon, Les rescapés de la Fosse commune, Janine Reiss, Centre lyrique d’Auvergne (2007).

En 1992, il crée avec Jean-Luc Guitton, la compagnie Les ravageurs avec laquelle ils créent des spectacles théâtraux où la musique se révèle un des éléments dramaturgiques majeurs au même titre que la parole (Airs bovins ou le soutien-gorge ensorcelé, On est prié de renouveler…) ou inspirés du théâtre de Grand-Guignol (Les détraquées).




Parce qu'on est là - Brut de béton
Parce qu'on est là



Production : Brut de béton production & Espace rencontre de l'hôpital Ste-Marie
du Puy-en-Velay
Mise en scène : Bruno Boussagol
Collaboration : Yvette Dubreuil
Coordination : Martine Bonnefoux
Avec : Axelle Péchaire, Danielle Pradier, Renée Defay, Paul Malhomme, Marcel Duga, Guillaume Gagne, Betty



Une douce parole perce le silence psychiatrique. Samuel Beckett y est un compagnon et ses mots se mêlent à ceux qui savent, dans leur chairs, la "misère du monde". Et tout ça fait théâtre parce qu'on est là.

Depuis octobre 2006, les participants à l’atelier théâtre de l’Espace Rencontre du C.H. Sainte-Marie au Puy-en-Velay ont élaboré la mise en scène de leur création. En juin 2007, le Théâtre municipal du Puy a accueilli la présentation publique d’une première étape de travail.

Pour en arriver là, il a fallu le rabacher ce texte, le décortiquer, le disséquer… Pour finir par en rêver la nuit, le répéter au petit matin, en être envahie jusqu’à l’embarras. Et à chaque répétition, il ne s’avalait pas de la même façon. Au début, contrefaçon hâchée j’avais fini par l’apprivoiser. Il restait bête, sauvage, difficile à dompter. Mais en cette dernière représentation du dimanche 10 juin, il m’a écouté et s’est laissé caresser. J’avais enfin l’impression de ne faire qu’un avec lui. Toutes ces impressions se mêlent aux applaudissements du public, à la chaleur de la troupe. C’était un rêve, il est beau.

Axelle, 15 juin 2007

Bruno Boussagol est metteur en scène et scénographe. En 29 années, il a mis en scène plus d’une centaine de spectacles essentiellement inédits pour les compagnies Milieu du monde, Aujourd'hui ça s'appelle pas, Hôtel des voyageurs, ...Sinon son nectar..., théâtre de l'après histoire. Il dirige depuis 18 années Brut de béton production.
Depuis 29 années, il mène un atelier de création théâtrale au sein de l’hôpital psychiatrique du Puy-en-Velay. Avec la compagnie Aujourd’hui ça s’appelle pas, il a mis en scène une dizaine de spectacles créés par de jeunes autistes et psychotiques. Ce parcours singulier en fait un des spécialistes des relations entre l’art et la folie.
Les textes de la littérature contemporaine qu’il adapte révèlent un trajet individuel souvent initiatique dans lequel la question de la mort est posée.




le 17 octobre 2008
TMT - Marvejols (48)





Le petit musée de la catastrophe de Brut de béton

Le petit musée de la catastrophe



Brut de béton production
Photographies, écriture et jeu de Véronique Boutroux

Conception et réalisation de Bruno Boussagol





LE petit MUSÉE DE LA CATASTROPHE : pour un musée du temps présent.

Depuis 1998, Brut de béton production a mis en scène 9 “spectacles” à partir de la catastrophe de Tchernobyl. Nous sommes allés plusieurs fois en Biélorussie et en Ukraine. En 2006 -vingt ans après la catastrophe- nous avons joué devant le réacteur en hommage aux liquidateurs (1 million) qui se sont sacrifiés pour réduire les effets de la contamination.

Un des projets que nous comptions réaliser à partir de “la diagonale de Tchernobyl”  (c’est le nom générique du projet 2005-2006) était un “musée de la catastrophe” inspiré par les écrits de Paul Virilio. C’est pourquoi durant notre séjour en Ukraine en avril mai 2006 nous avons visité trois musées relatifs à la catastrophe de Tchernobyl.
- Le plus important est à Kiev. Il présente une accumulation de pièces authenti-ques (*).
- À Ivankiv deux salles du musée “d’histoire naturelle” sont dévolues à la catastrophe de Tchernobyl (**).
- Le troisième musée est celui de Krasyatichi, le village qui a accueilli la “diagonale de Tchernobyl” pendant 3 semaines.
Il est aussi le plus intrigant. En particulier parce qu’on se pose tout de suite la question de son adresse. Pratiquement personne ne vient jusqu’ici. Ce serait plutôt un village dont on part. Une seule salle d’une trentaine de mètres carrés.
Poteries anciennes, vanneries paysannes, costumes folkloriques, cartes, dessins, tableaux peints, fleurs séchées… Et puis une photo d’identité, la photocopie d’un diplôme, la photocopie d’une médaille, enfin la photocopie d’un article de presse. Nous sommes là dans la section réservée à la catastrophe de Tchernobyl.
Deux heures durant une femme va nous guider. En fait elle va nous parler, nous révéler la vie, celle qu’elle connaît, celle de cette région du monde où elle est née et qu’elle ne quittera jamais de son vivant. Elle témoigne. Sa voix est douce mais ferme, son corps fin, sa peau translucide. Elle ne sourit jamais, mais elle nous parle à chacun. Nous sommes captivés. Quelque chose de profondément humain se passe : une rencontre au bout du monde comme on en fait peu dans sa vie. Tchernobyl se révèle en elle. Ce mal absolu que l’homme a inventé de toutes pièces est ici incarné par une personne qui vaut toute l’humanité.

(...)




expo-spectacle du 24 au 28 novembre 2008
TMT - Marvejols (48)





D’objets en photographies, la comédienne et photographe Véronique Boutroux vous entraîne dans un voyage  dans le Nord de l’Ukraine, au cœur de la vie en zone contaminée.

"Qui est cette femme diaphane, d’allure maladive, qui prétend nous parler de l’Ukraine ? A-t-elle seulement vécu « là-bas » ? Est-elle seulement comédienne ? Le faux-semblant n’est pas nouveau au théâtre, mais rarement témoignage touche-t-il à quelque chose d’aussi essentiel. À l’issue de cette visite – évocation de la catastrophe de Tchernobyl –, la peau nous démange. Signe indubitable qu’il s’est passé quelque chose."

Télérama, Scènes critiques***


"Une exposition contée par une comédienne photographe à vous faire froid dans le dos. Véronique Boutroux est dans la peau du personnage, parle et chante si bien l’ukrainien que quand elle refuse de se faire photographier et enregistrer, “pour pouvoir retourner vivre et travailler au pays”, on se demande si elle ne sort pas tout droit de Tchernobyl. Un témoignage direct à ne pas manquer.

Le télégramme de Brest




En avril 2006, le projet “Diagonale de Tchernobyl” nous a menés en Ukraine, dans les régions contaminées par la catastrophe du 26 avril 1986. De cette résidence, destinée à approcher les habitants de ces zones pour comprendre leurs conditions de (sur)vie, sont nées des rencontres. Des liens se sont créés, dans une évidence. Nous avons souhaité leur venue au festival d’Aurillac, leur intégration dans nos travaux, en chair et en os. Mais considérés comme trop pauvres, ils se virent refuser les visas. Ce lien, tremblé, à la fois fort et terriblement ténu, se voit ici cristallisé dans le personnage du guide.

Les visiteurs sont invités à entrer, pour leur propre découverte du lieu ; des objets ont été déposés là, en correspondance avec des photographies, des cartes de la contamination. Une clochette tinte, comme auparavant, au pays, la cloche annonçait les catastrophes. Le guide apparaît alors, présence simple, étrangère. Cette femme, contournant silence et langue de bois de rigueur en Ukraine, prend le risque d’une parole singulière. Elle plante le décor de l’apocalypse avec la douceur de ceux restés là-bas, en terre contaminée. Dans l’espace tendu entre vie et mort, vont affleurer les indices d’un monde à l’envers, les noirs et blancs, les gris de la complexité des choses : nature débordante ou brûlée, kolkhoses abandonnés ou livrés à privatisation précaire, commémorations délaissées, tradition dangereuse… Traversée documentaire et poétique avec la présence au cœur de l’espace de Vassia, liquidateur de la catastrophe et gardien de l’école. Vies dévoilées en de brefs portraits rythmés. Et toujours les chiffres de la contamination. Et l’humour pour la survie. De la distance. Et la vie qui surgit de la perte. Les enfants qui naissent et grandissent, malades souvent, et qui créent dans la joie des poèmes d’amour à leur pays. Traversée descente dans le corps de la langue ukrainienne, jusqu’au chant.

Ce monde, ici exposé, nous regarde.
Il est aussi le nôtre.

Véronique Boutroux

Remerciements à Bielka, Emmanuelle Piriot, Micha Polichtchouk


(...)

Depuis la luxueuse et impressionnante exposition de la Fondation Cartier sur Paul Virilio la question de la représentation de la catastrophe est un objet d’étude. Toute catastrophe est spectaculaire et pour peu qu’au moins un photographe ou vidéaste ait été présent, ce qu’il aura enregistré fera le tour du monde médiatique tant le public jouit littéralement de cette rupture du temps et de l’espace.
Mais le temps passe et l’émotion aussi. Bientôt ne reste qu’un vague souvenir, une date.

L’exposition accumulait les films catastrophes. Leur vision réveillait un intérêt vague pour ce qui, à l’époque de la catastrophe nous avait fait vibrer. Las, nous étions gagnés par la dépression, la dépréciation. Seul un dialogue filmé entre Paul Virilio et Svetlana Alexievitch donnait du relief au projet. Précisément parce qu’il était question de Tchernobyl et parce qu’il y avait de la parole, du témoignage, de l’échange d’idées qui forçait à l’écoute.
Tchernobyl est une catastrophe d’une nature inédite. Nous le savons maintenant que chacun compte ses morts en silence. Avec cette catastrophe, il y aura toujours plus de morts après que pendant. Pas de reconstruction possible, pas d’oubli possible. Mais en place le mensonge des États et le déni des populations.

Notre expérience va nous amener à adopter un point de vue radical et inédit concernant la muséographie : il est inutile d’avoir des pièces originales. Ce qui garantit c’est le discours. En effet, outre que les objets de “valeurs” sont contaminés et par là même dangereux, c’est le témoignage à partir de l’objet (représenté par une photocopie et pourquoi pas par un autre objet) qui l’authentifie.
La contamination n’est pas représentable. Tchernobyl n’est pas représentable.
Notre musée ne sera pas le lieu de l’authentique, de la valeur. Il sera fondamentalement pauvre. Il sera le lieu de la transmission d’un savoir acquis par l’expérience.

Véronique Boutroux va prendre en charge ce musée.
Elle est photographe. Je dirai que son regard permet de faire voir ce qui dans le noir luit à ses yeux. La rencontre entre l’invisible de la contamination et son rapport à l’in vu va donner des photographies singulières, peu spectaculaires, à la fois ordinaires et fulgurantes. Un objet exposé (une framboise, un bol de lait, uns sculpture-tirelire en terre de Lénine, une chaussure…) sera mis en tension avec une de ses photographies.

  De retour en France, elle écrira un texte, produit alchimique de sa rencontre avec la guide de Krasyatichi, son savoir acquis sur la catastrophe, sa pratique personnelle de la région et des habitants, son style. Enfin elle adoptera un jeu qui créera une tension entre représentation théâtrale et visite guidée.

La catastrophe de Tchernobyl n’en finit pas de commencer.
“Le petit musée de la catastrophe” pose aussi la question d’un musée du temps présent. Ce n’est pas le moindre des paradoxes qu’il assume.

Bruno Boussagol

(*) Des panneaux d’entrées de villes et villages évacués, des médailles et des diplômes (comme témoignages de reconnaissance de l’Union soviétique aux liquidateurs), des photographies des liquidateurs, des vêtements, des outils et des instruments de mesure de la contamination. De courtes séquences filmées sont proposées. Elles témoignent de plusieurs étapes de décontamination du réacteur même, de l’évacuation de Pripiat (50 000 habitants) et de plusieurs villages. La pellicule est de qualité médiocre. Elle est grêlée de points et de flashs dont on comprend bientôt qu’ils sont un effet de la radioactivité au moment du tournage. Une maquette animée représente plusieurs phases de la catastrophe. Une grande salle propose des expositions temporaires.
Des guides présentent les faits suivant une “version officielle”. L’atmosphère est au recueillement. On pense à un musée de la 2ème guerre mondiale.

(**) Nous sommes à l’orée d’une zone évacuée. De nombreux habitants ont participé au “nettoyage” et aux évacuations. Certains sont morts, beaucoup sont malades. Des “déplacés” des villages proches vivent désormais ici.
Comme à Kiev sont présentés des objets, médailles, diplômes, vêtements de protection. Mais ceux-ci ont appartenu à des personnes proches des habitants de la ville et des environs.





Bruno Boussagol

Bruno Boussagol est metteur en scène et scénographe. En 29 années, il a mis en scène plus d’une centaine de spectacles essentiellement inédits pour les compagnies Milieu du monde, Aujourd'hui ça s'appelle pas, Hôtel des voyageurs, ...Sinon son nectar..., théâtre de l'après histoire. Il dirige depuis 18 années Brut de béton production.
Depuis 29 années, il mène un atelier de création théâtrale au sein de l’hôpital psychiatrique du Puy-en-Velay. Avec la compagnie Aujourd’hui ça s’appelle pas, il a mis en scène une dizaine de spectacles créés par de jeunes autistes et psychotiques. Ce parcours singulier en fait un des spécialistes des relations entre l’art et la folie.
Les textes de la littérature contemporaine qu’il adapte révèlent un trajet individuel souvent initiatique dans lequel la question de la mort est posée.


Véronique Boutroux

Depuis 1995, Véronique Boutroux a joué au théâtre sous la direction de Claude Buchvald, Élodie Renard, Claude Merlin, Pascal Fleury, Anna Andreotti, Elsa Pokrovsky, Bruno Boussagol et Jean-Paul Zennacker. Sa formation en théâtre et en chant est jalonnée par des ateliers au Théâtre des Quartiers d’Ivry, avec Joël Pommerat, Alain Gintzburger, Anne Dubost-Charvet, Catherine Schroeder et des stages avec Lisa Wurmser, Claude Merlin, Vincent Rouche et Anne Cornu. Pour Brut de béton production, Véronique Boutroux a joué sous la direction de Bruno Boussagol le personnage d’Œnone dans Phèdre(noire) en 2003. Elle participe depuis 2005, à La diagonale de Tchernobyl et depuis cette année au Petit musée de la catastrophe.





Elena de Brut de béton
ELENA
ou la mémoire du futur



Brut de béton production
Texte : Svetlana Alexievitch (Prologue à La Supplication, éd. JC Lattès)
Traduction : Galia Ackerman et Pierre Lorrain
Mise en scène, scénographie & lumières : Bruno Boussagol
Dramaturgie : Virginie Symaniec
Interprétation : Nathalie Vannereau
Sculpture : Pierre della Giustina
Durée : 55 min.




ELENA est l’épouse d’un liquidateur envoyé en première ligne au moment de l’explosion du 4ème réacteur de Tchernobyl, il y a 22 ans. C’est une femme banale. La tragédie la transforme en héroïne contemporaine. Face à ce témoignage, la conscience du spectateur se déchire : d’un côté le déni de réalité, de l’autre la majesté de l’horreur.

« Tchernobyl est un mystère qu’il nous faut encore élucider. C’est peut-être une tâche pour le XXIème siècle ».

Svetlana Alexievitch


« Elena est une femme banale que l’histoire traverse. Elle est unique parce que marquée par l’écriture de la plus grande catastrophe technologique de tous les temps (Tchernobyl). Ce n’est pas rien. Et c’est cela qui n’est pas rien que la scène théâtrale accueille. Si au théâtre, la tragédie contemporaine a encore une place, alors Elena en est peut-être l’héroïne. »

Bruno Boussagol, metteur en scène





28 novembre 2008
TMT - Marvejols (48)





« Le spectacle est le résultat de la rencontre entre la sveltesse de Nathalie Vannereau, la masse de cette statue et la puissance du texte » résume le metteur en scène. Une rencontre qui ne sera aboutie qu’avec celle du public.

La Montagne

Sans hésitation aucune, le spectacle le plus intense du Off 2002. (…) Petite femme banale, la tragédie la transforme en héroïne. D’abord parce que la situation est exceptionnelle, et ensuite parce que l’amour qu’elle porte à son mari qu’elle voit partir en miettes sans pouvoir rien faire pour le sauver est d’une intensité remarquable et d’une puissance romanesque extraordinaire.

Theatreonline.com

Débarrassé de l’illustration, servi par une interprétation toute en nuance et en intelligence, le texte n’en prend que plus d’humanité et de force. On nous raconte l’Histoire avec une histoire. « Je vous ai parlé d’amour, de comment j’aimais ».

La Montagne

Sans la moindre trace de pathos, dans un récit dont tout est vrai, cette équipe nous fait parvenir un témoignage qui est bien plus qu’un témoignage, mais le travail de la conscience humaine en train de se ressaisir de ce qui est essentiel pour elle.

Sud-théâtre

« En attendant la Biélorussie… » : il y avait, hier soir, en ouverture du festival au long cours, le magnifique et insoutenable texte de Svetlana Alexievitch, « Elena ». Une certaine idée du chaos, proprement humain.

La Montagne

Derrière les cris d’Elena, la protagoniste, c’est tout un peuple que le public peut entendre. Le peuple de Tchernobyl.

Midi libre

Bruno Boussagol et Nathalie Vannereau, comédienne lumineuse, proposent un moment d’humanité, plus qu’un spectacle, d’une rare intensité dramatique et d’une insoutenable résonance.”

Froggy’s delight




ELENA
Une héroïne tragique contemporaine

Ceux qui lisent La Supplication n’en reviennent pas. D’une certaine manière eux aussi font désormais partie du « Peuple de Tchernobyl ».
La démarche tout à fait particulière de Svetlana Alexievitch inscrit l’écrivaine au-delà de l’engagement pour une cause. Elle place le lecteur au niveau de l’éthique plus que du récit. Des gens, des millions de gens - ce peuple de Tchernobyl - « gens de peu », chercheurs, petites amoureuses, professeurs, fanfarons, enfants de l’Union Soviétique, paysans de tous les temps, se trouvent propulsés à l’avant-garde de l’humanité parce qu’ils vivent non pas dans le souvenir d’une catastrophe technologique mais dans la catastrophe elle-même et pour des centaines d’années, autant dire pour toujours.
En quelques mois l’explosion de Tchernobyl a fait plus que toutes les universités réunies : elle a projeté des milliers d’êtres humains dans la philosophie. Dire qu’ils vivent notre futur est une manière de les éloigner de nous. En fait leur expérience exceptionnelle leur font connaître des choses que nous ignorons ou que nous ne pouvons formuler que sous forme de question existentielle.
Svetlana Alexievitch a mis plusieurs années avant de rencontrer les centaines d’individus qui seront la matière parlée de son livre. Ces mêmes années nous les avons passées à oublier Tchernobyl. Et soudain comme un « retour du refoulé », le livre vient réveiller plus que nos angoisses : notre conscience.
C’est à ce titre que La Supplication est une tragédie contemporaine. Le peuple de Tchernobyl c’est le peuple de Troie. Seulement 2800 années les séparent. Svetlana Alexievitch a trouvé la marque de ce temps passé : ce qu’elle écrit n’est ni du théâtre, ni du roman, ni du journaliste. Elle nomme cela chronique, « chronique du futur », laissant à chaque lecteur sa grille de lecture. C’est une marque rare d’engagement dans l’écriture que de ne pas cadrer son lecteur. Svetlana Alexievitch s’adresse à un lecteur d’aujourd’hui, plein des dernières 3000 années d’écritures, de styles, de formes. Elle s’adresse à un lecteur qui sait sa place dans l’espace (la planète terre dans une galaxie) et dans le temps (quelques milliers d’années dans des milliards). La tragédie Grecque permettait d’y voir un peu plus clair de récit en récit dans le chaos d’où émergeait la civilisation. Elle avait une fonction à la fois initiatique, informative et structurale. Elle partait du réel pour inscrire une épopée. Svetlana Alexievitch est l’Eschyle d’aujourd’hui. Elle aussi part du réel, celui du chaos post-soviétique. D’amener les gens qu’elle a rencontrés à dire l’indicible de leur histoire individuelle lui a permis de construire une œuvre chargée d’un sens propre et qui donne du sens à chacun des récits. Le passage à l’écriture est le passage au sens. Pour ce qui me concerne, j’ai porté cette chronique à la scène. J’ai proposé aux comédiennes et aux comédiens qui m’entourent de participer activement à cette réalisation. Depuis trois années, nous jouons cette Prière de Tchernobyl.
En avril 2002, nous nous sommes rendus à Gomel, cette ville Biélorusse d’environ 500000 habitants en pleine zone contaminée. Nous avons joué en français. Puis, avec Virginie Symaniec, d'origine biélorusse, nous avons mis en scène en russe et en biélorusse ce même texte à Minsk. Ce fut et c'est encore un évènement. Une rencontre entre un peuple et son histoire. Elena est l'héroïne du prologue de La supplication. J'ai voulu l'isoler et en faire un spectacle à part entière afin d'en restituer la totalité du texte sans risquer de déséquilibrer l'ensemble du spectacle initial (à l'origine une partie du prologue commençait La Prière de Tchernobyl). J'ai demandé à Pierre Della Giustina de réaliser une sculpture qui vienne « plomber » l'espace scénique en une menace permanente d'effondrement.
Interprétation minimaliste au centre d'une installation scénographique en déséquilibre stable. Elena c'est une femme banale que l'histoire traverse et qui la mute en héroïne tragique contemporaine. Elle est unique parce que marquée par l'écriture de la plus grande catastrophe technologique de tous les temps. Ce n'est pas rien. Et c'est cela qui n'est pas rien que la scène théâtrale accueille.

Bruno Boussagol, metteur en scène

JE VEUX ETRE ENTERRÉE DEBOUT

Tchernobyl n’a pas eu lieu
La Prière de Tchernobyl, chronique du futur de Svetlana Alexievitch est à l’origine d’un mouvement théâtral européen. Des extraits de ce livre ont servi de matière à des mises en scène de formes très diverses dans toute l’Europe. Dans le domaine francophone, on compte déjà plus d’une douzaine de propositions entre la France, la Belgique et la Suisse romande. En avril 2002, Bruno Boussagol, qui avait été le premier à s’emparer de ce texte en France, présenta sa mise en scène à Gomel en Biélorussie et en créa une version trilingue (français, russe, biélorussien) avec l’équipe du Théâtre de la dramaturgie biélorussienne de Minsk. Depuis 1998, la Biélorussie, fortement irradiée après l’explosion du quatrième réacteur de la centrale ukrainienne, avait été le seul pays du continent européen où aucune version scénique de ce texte n’avait été produite, sous prétexte qu’on ne parle pas de la corde dans la maison du pendu. C’était peut-être pourtant dans ce pays qu’il était le plus important et le plus urgent de le faire.
À l’origine de cette vague de mises en scène, réside un texte au contenu philosophique inépuisable, qui n’invite pas simplement le théâtre à poser la question de la catastrophe technologique au sein de nos sociétés du progrès à tout et n’importe quel prix, mais qui pose au théâtre, et de manière inattendue, la question de la redéfinition de son rôle dans la société. De nombreux metteurs en scène y ont lu un moyen d’ébranler les protocoles traditionnels de la représentation et sans pour autant toujours y parvenir, ils posent de manière nouvelle l’existence d’un théâtre de la catastrophe auquel nos critères contemporains de pensée du spectacle vivant semblent, et peut-être à juste titre, inadaptés.
En reposant au théâtre la question de son rapport à un réel qu’il est plus simple de nier, la définition de ce nouveau théâtre de la catastrophe implique que soit menée une réflexion restée longtemps improbable sur la notion de tragédie contemporaine. Pourquoi manquerait-on à la cerner ?

Lorsque le livre de Svetlana est paru, ses éditeurs ont mis en avant cette question : « Comment penser et vivre après Tchernobyl ? » que nous avons été nombreux à vouloir saisir. Mais quelque chose, dans cette question, ne va pas. D’abord, Tchernobyl c’est toujours ailleurs. Vu de France, et malgré nos propres contaminations, Tchernobyl est en Biélorussie ou en Ukraine. À Minsk, Tchernobyl est à Gomel. À Gomel, c’est dans la zone. Nous voulons également croire que Tchernobyl est l’explosion d’un réacteur de centrale nucléaire dont on pourrait parler au passé. Or le mot Tchernobyl ne matérialise pas seulement une explosion, mais un processus de destruction actuellement en cours qui n’est ni ailleurs, ni dans un autre temps. Svetlana a beau projeter les conséquences de la catastrophe dans un futur déjà hypothéqué, ses témoins ne parlent que de leur réalité ici et maintenant. La notion de Mémoire du futur sert également à dire ce que l’on n’admet pas : les conséquences de Tchernobyl au présent.

Vivre dans Tchernobyl
Si on ne peut pas parler de Tchernobyl au passé, alors Tchernobyl n’a pas eu lieu et nous ne pouvons pas l’oublier. Seize ans après l’explosion, Tchernobyl ne fait que commencer. La bonne question que nous manquons à nous poser est donc de savoir comment penser et vivre dans Tchernobyl. C’est bien parce que nous sommes dedans, et que la réalité de ce processus de destruction nous paraît inacceptable, que pour parvenir à vivre, nous cédons à l’illusion d’une solution collective à échelle européenne fondée sur le déni, car la réalité est que nous nions de manière catégorique l’existence même du processus de destruction en cours. Dans ce cas, la tragédie se présente comme une réponse au déni. Mais c’est aussi parc qu’il y a déni de réalité que nous pouvons reposer la question de la tragédie.
Un enfant des environs de Gomel se fait mesurer la radioactivité qu’il a dans le corps. Il ne sait pas et ne comprend pas pourquoi, mais de toute évidence, il va falloir qu’il meure plus vite que prévu. Seuls, dans leur solitude, les héros de tragédie ne comprennent pas de quoi ils meurent. En France, je décide de me faire mesurer ma radioactivité. On me demande de m’allonger dans un caisson blindé de la taille d’un cercueil. Je m’allonge sur le brancard qu’on rentre dans la boîte et on referme les portes, comme à la morgue. J’ai une demi-heure pour penser que dans mon cercueil, cela sera à peu près la même chose, sauf que je ne le sentirai pas. Une idée me traverse l’esprit : pourquoi enterre-t-on les gens sur le dos ? Qui en a décidé ainsi ? Je ne veux pas être enterrée sur le dos. Je ne le supporterai pas. Je veux être enterrée debout. Mais si je me bats pour cela, alors j’ai des chances de finir comme Antigone.
Dans Tchernobyl, Cassandre existe bel et bien. Elle n’est plus une lointaine figure de la mythologie grecque. Elle se manifeste sous les traits de Bella, Svetlana, Elena, Loudmila, Valentina. Aujourd’hui, elle est accusée de nécrophilie, de broyer du noir ou de travailler pour la CIA parce qu’elle entend nous mettre en garde contre les conséquences tragiques de notre déni. C’est Agamemnon qui la qualifie, lui aussi aux multiples visages, pour l’heure sûr de son pouvoir, mais qui ne voit pas d’autres solutions pour solliciter la clémence de ses dieux nucléaires que de sacrifier quelques Iphigénie à leur cancer ou à leur leucémie.
Comme dans la tragédie, nous les spectateurs connaissons déjà tous la fin de l’histoire : nous savons que le pire est encore à venir et c’est au théâtre qu’on vient se surprendre à rêver de démocratie.

Virginie Symaniec, dramaturge




Juin 1999 Bruno Boussagol crée en France La Prière de Tchernobyl
Avril 2000 La Prière de Tchernobyl est joué au Lavoir Moderne Parisien
Saison 2001 Tournée en France
Avril 2002 La Prière de Tchernobyl est joué à Gomel (150 km de Tchernobyl).

Bruno Boussagol et Virginie Symaniec mettent en scène en Russe et en Biélorusse La Prière de Tchernobyl au Théâtre de la Dramaturgie Biélorusse à Minsk (capitale de la Biélorussie), 30 représentations en deux ans.

Avril 2003 Festival "En attendant la Biélorussie…" à Clermont-Ferrand, en collaboration avec l'association Perspectives biélorussiennes
Avril-mai 2004 Tchernobyl now en collaboration avec le réseau sortir du nucléaire, 22 représentations
Mai 2004 La prière de Tchernobyl en russe et biélorusse à Irkoursk en Sibérie
2005 Année de préparation de La diagonale de Tchernobyl projet 2006

Depuis sa création en juillet 2002 au festival Avignon Public Off, ELENA ou la mémoire du futur a été représenté à Murviel lès Montpellier (34 - Art Mixte), Clermont-Ferrand (63 - Théâtre municipal, festival « En attendant la Biélorussie… »), Saint-Étienne (42 – Musée de la Mine, Festival Scènes de méninges de l’EMSE), Le Havre (76 - Espace Akté), Mons la Trivalle (34 – salle polyvalente), Paris (Grande Halle de La Villette, Plateau tournant inter-région et Cité européenne des Récollets), Riom (63 - Centre de détention), Saint-Ouen (93 – ATLAS Centre de culture scientifique), Trégueux (22 – Bleu pluriel, Festival Paroles d’hiver).
Le spectacle est inscrit au catalogue du diffuseur David Lomba (Promotion des Arts de la Scène – Belgique).





Svetlana Alexievitch

Svetlana Alexievitch est née en 1948 en Ukraine. Journaliste et écrivain, elle poursuit le projet de constituer l'archive subjective et souterraine de la Russie contemporaine. Ses livres à l'écriture puissante sont basés sur des enquêtes fouillées et laissent une large place aux témoignages (Cercueils de zinc, Ensorcelés par la mort, La  Supplication, La guerre n’a pas un visage de femme). La Supplication, bouleversant témoignage sur le monde après Tchernobyl reste peu diffusé en Biélorussie, où les autorités s'acharnent encore à dissimuler la vérité sur la catastrophe. Svetlana Alexievitch est régulièrement attaquée par le régime du président Loukachenko, qui l'a accusée publiquement d'être un agent de la CIA. Depuis décembre 2002, l’écrivaine est en résidence à Suresnes.
Principaux prix obtenus : Prix Kurt Tucholski du Pen Club suédois (1996), Prix Triomphe (prix russe indépendant (1997), Prix de la compréhension européenne et Meilleur livre politique de l'année (Allemagne, 1999) Prix RFI témoin du monde (France, 1999).


Bruno Boussagol

Bruno Boussagol est metteur en scène et scénographe. En 25 années, il a mis en scène plus de 70 spectacles essentiellement inédits pour les compagnies Milieu du monde, Aujourd'hui ça s'appelle pas, Hôtel des voyageurs, ...Sinon son nectar..., théâtre de l'après histoire. Il dirige depuis 16 années Brut de béton production. Depuis sa rencontre avec l'œuvre de Svetlana Alexievitch, il se rend régulièrement en Biélorussie pour y mener des projets artistiques. En 1999, il a créé La prière de Tchernobyl dont il a réalisé en 2002 une version pour le Théâtre de la dramaturgie biélorussienne de Minsk (capitale de la Biélorussie). En mai 2004, cette version a été jouée en Siberie. En avril et mai 2004, une nouvelle version sous le titre Tchernobyl now a participé à "un tour de France pour sortir du nucléaire"..


Virginie Symaniec

Virginie Symaniec est docteur de l’université de Paris III. Sa thèse s’intitule Des dramaturgies biélorussiennes à la dramaturgie biélorussienne soviétique : une tragédie du pouvoir. Elle est notamment l’auteur du Théâtre en Biélorussie (fin du XiXè siècle – années 20) et de Mikola Piniguine, mises en scènes d’un exil (L’Harmattan, collection “Biélorussie”, 2003). De 1999 à 2003, elle a été dramaturge de La prière de Tchernobyl mis en scène par Bruno Boussagol et a accompagné celui-ci sur les projets en lien avec la Biélorussie. Elle est présidente de Perspectives biélorussiennes, association qui publie un bulletin trimestriel d’information.

Nathalie Vannereau


Nathalie Vannereau

Nathalie Vannereau a joué sous la direction de Bruno Boussagol, Jean-Michel Coulon, Guy Jutard, Jean-Paul Wenzel, Catherine Beau, Mahamed Rouabhi, Guy Delamotte, Philippe Girard, Mariecke de Bussac, Anna Andreotti, Anne Sicco.
Depuis 1995, elle travaille avec Jean-Michel Coulon pour le théâtre Parenthèse. En 2003, elle met en scène avec Chantal Péninon 3 mètres sur 2 de Perrine Griselin.
Pour le jeune public, elle a travaillé avec Gilone Brun et le théâtre de la magesse.
Elle a participé pour des lectures, à Avril des Auteurs (Les Fédérés – CDN de Montluçon) et à Littiné-rance (Centre régional du Livre Auvergne).


Pierre della Giustina

Pierre della Giustina est né en 1964. Diplômé de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris en 1988, il travaille aux Martres-de-Veyre (Puy-de-Dôme).
Depuis 1989, il a exposé personnellement à Clermont-Ferrand (galerie Gastaud, Les Arts en Balade, galerie 17), Annecy (galerie Chantal Melanson), Riom (Musée Mandet), Vic-le-Comte (galerie Calao). Il a participé à des expositions collectives à Vichy (centre culturel Valéry Larbaud), à Paris (régulièrement au SAGA – Salon international de l’estampes et de l’édition d’art) et à Clermont-Ferrand (Prix des Volcans). En juin 2005, il sera à Aixe sur Vienne (Biennale d’art contemporain “Au-delà du corps”). En réponse à des commandes publiques ou privées, il a également créé une sculpture monumentale et un panneau mural extérieur. Il a réalisé des décors pour des créations théâtre (Footsbarn théâtre, Les racines nées), une sculpture aérienne et une sculpture monumentale, éphémère et déambulatoire (Brut de béton production) et a signé la scénographie et les décors de la pièce En revanche (Cazulhina).




4.48 psychose de Brut de béton

4.48 psychose



Texte Sarah Kane
Mise en scène, scénographie et lumières Bruno Boussagol
Dramaturgie Cornélia Koller
Avec Nouche Jouglet-Marcus et Barnabé Perrotey
L’arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté
Traduction Évelyne Pieiller
Durée 1h20




Œuvre posthume de Sarah Kane, le bouleversant 4.48 Psychose témoigne d'une force poétique et dramatique radicale. Sur un lit d'hôpital, une table de dissection, repose un corps féminin dénudé. Cette figure anticipée de cadavre à venir, désespérément immobile, crie, chuchote, ravive, le besoin infini d’amour et le désir d’être vraiment au monde.






4.48 psychose de Brut de béton







Dans la réussite de la scénographie de Bruno Boussagol, le/les spectateurs rentrent en scène en acteurs/médecins en blouse et sont d’emblée matériellement et visuellement mis en présence en tant que chœur, au côté d’un coryphée, autour de l’interprète, de son corps allongé tel un gisant.

L’éclairage nous focalise sur ce corps, la peau, qui bat au rythme du verbe tour à tour pulsionnel puis creusant son signifiant en retour.

Dans l’éclatement des multiples identités que, sur scène, la voix gouverne, on ne sait plus si c’est la présence de l’auteure, oscillante, qui s’invite à la nôtre, ou la nôtre…devenue qui de même*

Dans cette empathie extrême la représentation se vit non pas, pour le spectateur comme « vers un aboutissement » mais comme une véritable traversée. Un temps de la représentation où vient émerger la « terra incognita » de nos intériorités.

Les prétendus noirceur et désespoir injustement attribués à 4.48 Psychose, ne résistent pas à sa représentation. Comme le rappelait Claude Regy dans une de ses interviews sur Sarah Kane : « si on peut envisager que des contradictions aussi fortes, aussi violentes, peuvent se produire dans le même être dans un temps donné, c’est plus extraordinaire que de dire que c’est intenable… car cela nous fait passer dans un autre monde. »

Barnabé Perrotey
rôle du « médecin » coryphée


Bruno Boussagol a choisi de faire entendre sur la scène théâtrale, l’écriture de Sarah Kane dans 4.48 psychose, selon la ligne directrice de sa compagnie de théâtre. Brut de béton production « travaille “la part maudite” que toute démocratie produit. À la fois obscure, angoissante, inconnue ».
La mise en scène, la scénographie et la création lumières qu’il signe tout en sobriété, sont au service du texte de la jeune dramaturge anglaise, suicidée en 1999 à 28 ans.
La performance d’actrice de Nouche Jouglet-Marcus a été saluée par la critique au cours des 50 premières représentations de cette création datant de 2005. Signalons aussi la prestation de Barnabé Perrotey dans le rôle du psychiatre. Dans ce huis clos entre une jeune psychotique au bord du suicide et son médecin, dans cet « examen d’une âme », le spectateur entre dans la salle revêtu d’une blouse blanche, pour constituer avec le psychiatre, un « chœur » autour de la comédienne, allongée nue sur une table au centre de l’espace scénique. Gisant, figure christique, immobile pendant 1h20, le corps ne prend vie que par la bouche et la poitrine qui se soulève au rythme des mots.
4.48 psychose est un cri d’amour et un désir de vie. Cette femme ne tient que par la voix, vecteur de la relation à l’autre. L’écho est permanent entre l’immobilité du corps et l’abondance des mots ou la profondeur des silences, à tel point que le corps devient parlant dans son immobilité. Paradoxalement rassurante, la vision du corps nu vient poser une limite là où il n’en existe plus dans le psychisme. Cette limite est le seul point d’appui pour le spectateur. Ce dernier effectue dans 4.48 psychose une traversée, avec l’impression de toucher à une dimension de la nature humaine invisible à l’œil nu. Là réside une qualité exceptionnelle de Sarah Kane, celle d’écrire l’angoisse et la psychose de manière très précise et rapprochée.

Nathalie Robin




Bruno Boussagol

Bruno Boussagol est metteur en scène et scénographe. En 29 années, il a mis en scène plus d’une centaine de spectacles essentiellement inédits pour les compagnies Milieu du monde, Aujourd'hui ça s'appelle pas, Hôtel des voyageurs, ...Sinon son nectar..., théâtre de l'après histoire. Il dirige depuis 18 années Brut de béton production.
Depuis 29 années, il mène un atelier de création théâtrale au sein de l’hôpital psychiatrique du Puy-en-Velay. Avec la compagnie Aujourd’hui ça s’appelle pas, il a mis en scène une dizaine de spectacles créés par de jeunes autistes et psychotiques. Ce parcours singulier en fait un des spécialistes des relations entre l’art et la folie.
Les textes de la littérature contemporaine qu’il adapte révèlent un trajet individuel souvent initiatique dans lequel la question de la mort est posée.


Nouche Jouglet-Marcus

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Barnabé Perrotey

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